La catastrophe de la Pallice



Pendant la Première Guerre mondiale, tandis que son usine lilloise est dans la zone d'occupation allemande, Jacques Vandier crée plusieurs usines de fabrication de produits chimiques dans l'ouest de la France.

La société Vandier et Despret qui est fondée, construit une usine établie sur les remblais de la Repentie, dans le quartier  à La Pallice à La Rochelle (Charente-Maritime) pour la fabrication de trinitrophénol (acide picrique ou mélinite), en partant du phénol et d'acide sulfurique concentré. Il s'agit d'un explosif destiné aux services de l'armée. Sa production est de 17 tonnes par jour.

En mars 1916, l'usine emploie 483 personnes et assure déjà le septième de la production nationale. Après quelques mois d'exploitation, l'usine explose le 1er mai 1916, faisant 138 blessés et 176 morts, dont son directeur Paul Lemoult, ancien professeur à la faculté des sciences de Lille. Une usine similaire de production de trinitrophénol est alors créée à Paimbœuf, à proximité de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique)


Vers 9h du matin, un incendie est suivi d’une formidable explosion qui est entendue à 30 km à la ronde. Les 5 entreprises les plus proches sont en partie détruites. Des maisons ouvrières sises avenue Denfert-Rochereau et dans le quartier des sablons sont endommagées.




Photos ci dessus et ci-dessous © Archives municipales de La Rochelle


Un passage de La Charente inférieure cité par l’Echo rochelais du 5 mai 1916 : 
« Tout le monde fuyait, les maisons étaient démantelées, les vitres avaient craqué de partout, les cloisons étaient démolies. La population comprenant qu’un immense malheur venait de frapper, désertait les maisons, courait la campagne. Les uns gagnaient le bord de la mer, les autres, n’osant s’éloigner, se réfugiaient sur les hauteurs de la Rossignolette ».



Au cimetière de la Rossignolette à La Rochelle, un monument aux morts est élevé à la mémoire des victimes de l’usine. " Aux victimes de l'explosion du 1er mai 1916 ".




Henri Carles, ingénieur chimiste, était directeur adjoint de l'usine au moment de l'explosion, il a été désintegré dans celle-ci. Il avait 41 ans. Son nom figure sur le monument de la Rossignolette. 


Ci-dessous une vue prise de l'explosion à 5 km de distance


 Les restes de l'usine




Les funérailles des victimes, le 5 mai 1916






L’explosion de l’usine Vandier et Despret à La Pallice d’après « Revue de Saintonge et d’Aunis » – Juin 1916

Le 1er mai 1916, à neuf heures et demie du matin, l’usine d’acide picrique Vandier et Despret, créée depuis quelques mois à La Pallice, a sauté. L’explosion fut entendue jusqu’à Luçon et ressentie à Chatelaillon et à Marans.

La censure n’a pas permis aux journaux d’en parler longuement et en détail. Il y a eu trois communiqués, en avouant dans le dernier 95 cadavres carbonisés, sur lesquels 25 seulement ont pu être identifiés (5 mai) ; on assure qu’il y a une centaine de blessés.

L’union nationale de Saint Jean d’Angély a donné quelques précisions dans son numéro du 7 mai : cinq usines voisines ont été en grande partie détruites ; les toitures des maisons d’habitation furent pour la plupart enlevées, les portes et les fenêtres arrachées, et beaucoup de vitres des maisons de La Rochelle (5 km du lieu du sinistre) volèrent en éclat. Quelques vitraux de la cathédrale sont brisés.

La plupart des maisons de La Pallice, lézardées, sont inhabitables avec leurs toitures enlevées et leurs plafonds effondrés. La violence de l’explosion a creusé un entonnoir d’une vingtaine de mètres de diamètre sur deux de large.


A une séance du conseil municipal du 17 mai, le maire de La Rochelle a donné lecture d’un rapport dont la publication n’a pas pu avoir lieu intégralement, la censure ne l’ayant pas permis.

On y trouve le passage suivant :

« Les conséquences de l’usine Vandier et Despret sont terribles. Elles peuvent se résumer ainsi : 52 morts reconnus, 120 disparus, 138 blessés plus ou moins grièvement, de 10 à 10 millions de dégâts matériels, et 6 autres usines de La Pallice frappées d’arrêt pour un temps plus ou moins long ».


La recherche de cadavres




" Lieu de l'explosion de l'usine Vandier et Despret. La recherche des cadavres sur cette carte on trouve une jambe de femme. J'ai fait une croix où il y a aussi des morceaux de corps carbonisés. " (x en bas à droite de la photo).

Le destin tragique de Paul Lemoult

Article paru dans La Voix du Nord (édition de Cambrai) le 9 novembre 2015 


Des études brillantes. Paul Lemoult est né dans une famille de riches brasseurs. Son père quitte Romeries lorsque le jeune Paul a 9 ans pour s’installer à La Roche-sur-Yon. Paul Lemoult entre au lycée de Poitiers où il obtient son baccalauréat et réussit le concours de l’École normale supérieure à 18 ans. Dans la foulée, il obtient l’agrégation de chimie, devient le disciple de Berthelot au Collège de France, avant d’obtenir le grade de docteur ès sciences pour ses travaux sur les colorants.

Sa carrière professionnelle. 

Paul Lemoult, en plus de ses études, mène une vie active dans les milieux professionnels de la chimie. Reconnaissant ses mérites, l’université lui offre la place de maître de conférences à l’université de Lille. Puis, il devient directeur de l’institut de chimie de Lille, et même temps, directeur de l’ école supérieure de commerce. Ses qualités de scientifique mais aussi d’organisateur sont reconnues. Mais la guerre survient et Paul Lemoult est mobilisé avec sa classe d’âge en novembre 1914. D’abord nommé inspecteur-contrôleur des munitions, il est pressenti pour créer et diriger une usine de fabrication d’acide picrique, permettant la fabrication de mélinite, un explosif entrant dans la fabrication des obus. Très vite, l’usine est créée de toutes pièces et entre en activité en mars 1916. Le 1er mai, un incendie se déclare. Le personnel féminin est évacué, les hommes commencent à lutter contre l’incendie quand les 250 tonnes d’acide picrique explosent, tuant tout le personnel engagé dans la lutte contre l’incendie et faisant de nombreux dégâts aux alentours. Pour rappeler cette catastrophe, un monument a été érigé à La Pallice et est toujours visible aujourd’hui.

Ce mercredi, à 11 heures, au monument aux morts, près de cent ans après sa mort, la municipalité dévoilera le nom de Paul Lemoult, dix-huitième ancien combattant de Romeries mort pour la France.



Nécrologie parue dans le bulletin de l'ACIT (Association des Chimistes de l'Industrie Textile) en mai-juin 1916, chronique n° 3 page 4.


Photo de Jean Boursiez, arrière-petit-fils de Julie Marie Lazarette Lemoult, tante et marraine de Paul Lemoult, à coté du monument aux morts où le nom a été ajouté.


Un reportage de France 3 Aquitaine
par Christine Hinckel, publié le 29 avril 2016

Dimanche, la ville de La Rochelle va commémorer la catastrophe survenue le 1er mai 1916 dans l'usine d'explosifs Vandier et Despret installée à La Pallice. L'explosion avait fait 177 morts et plus de 150 blessés. (NDLR : Ces chiffres sont différents de ceux habituellement cités).


L'explosion de l'usine Vandier a représenté la principale catastrophe industrielle due à l'effort de guerre en France pendant la guerre de 14/18, elle avait été construite pour répondre aux besoins croissant en explosifs de l'armée française.

L'usine Vandier et Despret avait été créée le 1er août 1915 à La Rochelle. La poudrerie pouvait profiter de la proximité du port pour son approvisionnement et la production a commencé à la fin de l'année 1915. Elle était spécialisée dans la fabrication d'explosifs particulièrement dangereux.

Des sites dangereux installés dans les villes


L'installation se fait dans un contexte difficile après l'explosion d'une usine d'armement en plein cœur de Paris. Pour son ouverture l'usine Vandier avait bénéficié de l'indulgence facilement accordée en temps de guerre pour les usines travaillant pour l'armée. Le gouvernement, conscient des risques pour les usines de ce type installées en pleine ville souhaitait régulariser leur situation. Ce ne sera jamais fait pour l'usine rochelaise installée sur les remblais de la Repentie à La Pallice qui sera ravagée par une explosion quelques mois après son ouverture.


Un article dans le Petit Parisien

Malgré la censure, imposée par l'autorité militaire en temps de guerre, quelques artcicles paraîtront, tant il était difficile de cacher la réalité compte tenu de l'ampleur de la catastrophe. Notamment dans la revue le Petit Parisien.


Bibliographie


Commémoration